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Carnet de voyage en Patagonie (3/3)

Écrit par Julien BRELLE le .

El Calafate – Campamento Torres, samedi 19 février 2011

Pour le coup d’envoi de notre dernier trek, qui sera aussi le plus long, une journée chargée nous attend. Il faut en effet accomplir le trajet jusqu’au parc national de Torres del Paine, ce qui implique de traverser la frontière entre l’Argentie et le Chili, puis rejoindre le premier camping depuis l’entrée du parc. C’est donc dès 5h00 que nous sortons du lit, pour boire ou manger quelque chose en vitesse (en fonction de ce qui est disponible à cette heure matinale, la responsable du petit-déjeuner de l’hôtel étant tout juste arrivée), avant de monter dans le bus plutôt luxueux (et confortable) qui doit nous conduire jusqu’à la frontière.

La route est longue et sans grand intérêt, il faut donc tuer le temps comme on peut (en écoutant de la musique, en lisant, en mangeant les provisions achetées la veille pour le trajet, ou en poursuivant la nuit interrompue trop tôt). Arrivés à la frontière, nous sommes confrontés aux paperasseries administratives qui ont disparu pour nous en Europe : file d’attente pour faire tamponner son passeport d’un côté, puis de l’autre… Les douaniers ne sont pas pressés, il y a beaucoup de monde, et les Chiliens ajoutent encore un passage des bagages aux rayons X, car ils veulent contrôler qu’aucune nourriture n’est importée chez eux (même si, en pratique, ils ne s’intéressent qu’à la viande et aux fruits et légumes ; fruits secs ou autres barres chocolatées ne les intéressent pas du tout). Résultat, on patiente environ 1h30 avant de pouvoir enfin mettre les pieds sur sol chilien, peu avant midi. Il nous faut abandonner notre gros bus pour nous répartir dans 2 minibus qui seront utilisés pour poursuivre la route, mais auparavant nous avons le temps de changer un peu d’argent et de manger quelques empanadas dans le petit restaurant installé à la frontière. L’approche du parc, magnifique, est ponctuée de plusieurs arrêts, pour pouvoir admirer le paysage et prendre quelques photos, sous un ciel sans nuage et par une chaleur très agréable. On découvre, encore loin à l’horizon, les 3 « Torres » (tours) de granit qui donnent leur nom au parc. Leur beauté est tout particulièrement soulignée lors d’un arrêt devant un lac paisible, teinté de vert par les sels de magnésium présents dans l’eau : la surface sans une ride renvoie le reflet du massif aussi bien qu’un miroir, nous offrant un véritable paysage de carte postale (et encore, pas facile de trouver de si jolies cartes dans les magasins !). Nous envisageons d’ailleurs à cette occasion de créer notre propre marque de lyophilisés, tant la photo nous semble bien plus belle que celle ornant nos emballages… Arrivés à l’entrée du parc, nous négocions un transport en minibus jusqu’à l’hôtel Torres, pour éviter 7 kilomètres de piste sans intérêt. Il faut discuter car le propriétaire de cette zone, un particulier, profite de l’afflux des touristes pour pratiquer des tarifs exorbitants (tout est relatif, évidemment, avec notre pouvoir d’achat d’Européens…). Finalement nous obtenons un rabais de 50% en ne demandant pas de reçu, ce qui permet probablement au chauffeur de prendre le prix de la course pour son compte… Au départ du chemin qui doit nous mener vers le premier camping à notre programme, nous constatons que la chaleur a encore augmenté ; le parcours exclusivement en montée qui nous attend va assurément nous faire suer à grosses gouttes. En fait, il va même faire bien pire… Ivan est en effet malade, subissant les assauts d’une gastro aussi soudaine que violente (peut-être l’effet des fruits achetés pour le trajet en bus, même si aucun autre membre du groupe ne subit les mêmes problèmes). Blanc comme un linge, le pas lourd, il souffre le martyr sur le chemin. Même si Fred, à qui nous apporterons ensuite notre aide, le déleste de son sac à dos, il ne peut que progresser à vitesse très réduite. Un léger mieux sera observé après qu’il ait finalement vomi en bordure du chemin, mais ce n’est absolument pas suffisant pour lui permettre d’aller au bout de l’étape prévue. Il s’arrête donc en route, au refuge « Chileno », atteint après plus de 2 heures de calvaire. Nous l’y laissons en espérant qu’il pourra se remettre rapidement (nous devons de toute façon repasser par ici demain matin) et poursuivons la montée jusqu’au camping Torres, où nous arrivons vers 18h15, après une belle traversée de la forêt. Nous installons nos 2 tentes (la 3ème a été laissée à Ivan ; Fred, David et moi serons donc à l’étroit cette nuit !), au milieu d’un nuage d’insectes volants qui ne semblent pas être des moustiques (en tout cas on croise les doigts…), puis nous préparons le repas. La température est exceptionnellement douce, ce qui permet pour la première fois depuis longtemps de profiter du repas jusque relativement tard (21h30) sans avoir froid, un vrai bonheur ! Le réveil du lendemain est une nouvelle fois planifié bien avant le lever du soleil, car il nous faut prévoir environ 1 heure de marche jusqu’au mirador situé au pied des tours, où nous souhaitons aller admirer les premiers rayons du jour.

 

Campamento Torres – Mirador Las Torres – Campamento Italiano, dimanche 20 février 2011

Ayant évalué l’heure du lever du soleil à environ 7h00, nous nous levons à 5h30 et entamons la marche jusqu’au mirador à 5h45, sans David. En effet, fatigué, il a préféré poursuivre sa nuit pour s’économiser. Dommage de rater le spectacle attendu, mais quand la fatigue prend le dessus, inutile de forcer… La montée est moins difficile que celle qui nous avait amenés au pied du Fitz Roy, et en plus la température est étonnamment douce, c’est donc à un bon rythme que nous grimpons, Fred et moi en tête, puis Matthieu et Florence un peu plus bas. Nous atteignons le sommet plus tôt que prévu, à 6h30, mais cette fois l’attente promet d’être agréable : l’aube qui pointe souligne les reliefs à l’est avec des ombres chinoises, le ciel est totalement dégagé, annonciateur d’un spectacle grandiose. Une légère brise est présente, mais c’est de l’air chaud qui nous arrive, et c’est donc bien confortablement installés que nous nous délectons du lever du jour. Avant même l’apparition des premiers rayons de soleil, l’augmentation de la luminosité nous permet déjà de contempler les tours qui nous dominent de toute leur hauteur, plongeant quasiment à pic dans le lac glaciaire à leurs pieds. Puis les 3 sommets s’allument, l’un après l’autre, lorsque le soleil finit par projeter sa lumière par-dessus les montagnes. L’ombre recule progressivement, elle descend vers le lac, chassée par une lumière orangée qui évolue au fil des minutes, nous offrant un tableau mouvant dont une partie, se réduisant sans cesse, demeure en noir et blanc, alors que l’autre affiche ses couleurs d’or sur les tours de granit. Une fois le spectacle arrivé à son terme, nous redescendons au camping, encore tout éblouis, et conscients de notre chance avec les conditions météorologiques. Après le petit-déjeuner, nous faisons nos sacs et entamons la descente vers le refuge à 9h15. A 10h00 nous retrouvons Ivan, qui a passé une nuit difficile (fièvre) mais a quand même meilleure mine. Il envisage toutefois d’arrêter là et de regagner la ville la plus proche pour consulter un médecin, comme il nous l’explique en attendant David, qui s’économise physiquement et n’arrive que 25 minutes plus tard. Après quelques hésitations, c’est au complet que nous reprenons la route vers 11h00, sans changer le programme des 2 prochains jours. Puis, arrivés au pied du col que nous devons franchir dans 3 jours, nous déciderons en fonction de l’état de forme de chacun, soit de poursuivre pour faire la boucle complète autour du parc (programme initial), soit de faire demi-tour pour rentrer par bateau jusqu’à l’entrée du parc. La marche du jour se fait sous un soleil de plomb, la météo annonçait 28°C, mais sans un souffle d’air l’impression de forte chaleur est encore renforcée. A 12h15 nous atteignons une rivière à côté de laquelle se trouve un minuscule bosquet, qui fournit tout juste assez d’ombre pour tout le monde. Pendant que le repas cuit, Matthieu et Florence profite de la fraîcheur de la rivière pour faire un brin de toilette et une petite lessive. Au moment de repartir, la chaleur a encore augmenté, nous nous préparons pour une après-midi éprouvante car il reste de nombreux kilomètres à parcourir jusqu’à notre objectif, le Campamento Italiano. Si Ivan va nettement mieux et marche désormais à son rythme normal, David donne des signes de faiblesse de plus en plus nets : après avoir renoncé le matin à nous accompagner pour le lever de soleil, puis avoir parcouru beaucoup plus lentement que nous la descente jusqu’au refuge, il se retrouve régulièrement décroché à l’arrière du groupe. C’est son tendon d’Achille qui le fait souffrir, et malheureusement une telle inflammation ne peut se soigner que par le repos, ce qui n’est pas envisageable dans l’immédiat… Nous nous répartissons donc une partie du contenu de son sac à dos, et Ivan hausse le rythme pour partir seul jusqu’au prochain refuge, où il prévoit de déposer son sac pour revenir aider David ensuite. Le parcours, qui longe le lac Nordenskjöld (du nom d’un explorateur suédois), comprend de multiples montées et descentes, parfois très raides, et avec la chaleur c’est vraiment la première grosse épreuve physique du séjour. Malgré la douleur, David s’accroche et reçoit comme prévu le soutien d’Ivan revenu porter son sac. A 16h30 nous atteignons le refuge « Las Cuernos » (du nom des montagnes situées un peu plus loin sur le parcours), où David et Ivan vont passer la nuit. Après une petite pause, le reste du groupe repart vers 17h00 pour la dernière portion du parcours. Encore et toujours des portions exigeantes, la montée finale vers le camping semble interminable et c’est à 19h00 que nous atteignons enfin notre objectif, totalement exténués… Un panneau placé à l’entrée du camping, indiquant que celui-ci a été déplacé de 150 mètres pour laisser la nature se régénérer, fera dire à Fred que c’était « les 150 mètres les plus longs de (sa) vie » ! Et encore, nous l’avons dissuadé de justesse de se baigner dans le lac avant d’entamer la dernière montée, ce qui aurait probablement achevé ses muscles… Cette journée aura compilé plus de 8h30 de marche, avec des sacs à dos encore très lourds (c’est le début du trek, les provisions n’ont pas été beaucoup entamées) et en pleine chaleur, aussi le repas que nous préparons vers 20h00 nous apparaît-il comme une véritable bouée de sauvetage. Soupe au riz et aux légumes suivie de spaghetti bolognaise, devant nos tentes, et avec la délicieuse perspective de pouvoir dormir un peu demain matin. En effet, le programme de la journée est beaucoup moins chargé : il est prévu de faire un aller-retour jusqu’au mirador qui surplombe le Campamento Britanico, pour y admirer « Les Cornes », montagnes composées d’un mélange de granit et de basalte. Nous pourrons donc marcher légers, avec uniquement le repas de midi à transporter. Dans le même temps, David et Ivan rallieront le camping où nous les retrouverons en fin de journée. Dans 2 jours, nous déposerons David dans un refuge en bord de lac, où il pourra reposer son tendon pendant que nous poursuivrons, il n’y a malheureusement pas d’autre alternative pour lui. Avant de regagner nos sacs de couchage, nous avons encore droit à un spectacle féérique, puisque le coucher de soleil donne au paysage des teintes roses psychédéliques, à se demander si ce ne sont pas les effets de la fatigue…

 

Campamento Italiano – Mirador Las Cuernos – Campamento Italiano, lundi 21 février 2011

Repos pour la troupe ce matin ! Bien éprouvés par l’étape de la veille, c’est seulement vers 9h00 que nous émergeons, alors que nous nous étions couchés vers 21h30… une belle nuit donc, qui a permis de reconstituer quelques forces. De plus, le programme de la journée est suffisamment léger pour nous permettre de traîner un peu ; nous prenons donc tout notre temps pour le petit-déjeuner, et faisons aussi un peu de lessive avant d’entamer la montée vers le Campamento Britanica à 10h50. Même si nous grimpons constamment, la pente n’est jamais très sévère, et nos sacs légers facilitent également la marche, qui se fait essentiellement à l’ombre des arbres, dans une fraîcheur bien agréable. De temps à autres, une ouverture dans la forêt dégage le panorama et nous pouvons apprécier la vue sur le lac Nordenskjöld, toujours aussi paisible car le vent reste très faible. A 13h00 nous atteignons l’emplacement du camping, que nous dépassons pour rejoindre une clairière peuplée d’arbres morts, d’un gris presque blanc, où nous préparons notre repas de midi. La température est idéale au soleil, et les sommets alentour sont bien dégagés malgré quelques nuages qui s’annoncent à l’horizon. Après le repas, nous poursuivons l’ascension vers le mirador situé au pied des « Cornes ». Nous atteignons un beau point de vue après une courte marche (il n’est que 14h15); l’endroit est idéal pour Matthieu, qui en profite pour réaliser un nouveau panorama, mais la distance parcourue me fait penser que nous n’avons pas atteint le mirador à proprement dit. En plus, un sentier semble se dessiner plus loin, pour poursuivre la montée… Je poursuis donc, bien décidé à aller voir plus haut. Je sors assez vite de la forêt et me retrouve à longer un petit ruisseau, dans une pente sablonneuse très raide et donc glissante. Je m’efforce de ne pas penser au trajet du retour, qui risque assurément d’être périlleux sur ce type de sol ! Arrivé à un endroit où le chemin (que je devine plus qu’autre chose, à l’aide des traces de pas repérées ici et là) bifurque vers un plateau rocheux, je me retourne pour constater que, finalement, Fred m’a emboîté le pas. Mais il est trop loin pour pouvoir communiquer, il me fait un signe que je ne parviens pas à interpréter avant de faire demi-tour. J’apprendrai plus tard qu’il retournait chercher son sac à dos pour me rejoindre… mais rien ne se passera comme prévu ! Pensant qu’il renonce à l’ascension glissante, je poursuis seul, mais de moins en moins sûr de suivre un quelconque chemin… Passé un joli promontoire, je progresse sur de grosses pierres puis dans des zones rendues un peu boueuses par l’eau qui descend de manière anarchique sur les flans de la montagne. Finalement, je parviens à une zone dégagée, tout près du pied des parois quasiment verticales des fameuses « Cornes », et je décide que mon but est atteint ! D’autant que le temps passe et que je culpabilise de faire ainsi attendre mes compagnons, même si par ce beau temps ça n’a rien d’une torture. Le problème qui se pose alors à moi est celui de retrouver le chemin du retour… Il m’avait déjà fallu beaucoup d’imagination pour deviner un quelconque trajet à l’aller, mais face à la pente je suis obligé de constater que rien n’indique par où passer. C’est donc au hasard que je suis une direction générale qui doit, selon mes estimations, me ramener vers mon point de départ. Plusieurs fois, je me retrouve face à des obstacles insurmontables et doit faire demi-tour pour essayer par un autre endroit ; une légère inquiétude me gagne à la pensée que je suis très imprudent d’être parti seul. Il suffirait d’une mauvaise chute pour me retrouver dans une situation très inconfortable ! Je redouble donc de vigilance, et je suis soulagé quand je parviens enfin dans la pente sablonneuse qui surplombe le point de vue où j’ai laissé le reste du groupe. Comme prévu, la descente est difficile, et je m’accroche aux branches ou aux rochers à portée de main pour éviter de chuter. Je rejoins finalement Florence et Matthieu vers 15h30, mais Fred n’est pas là ! Ils m’apprennent qu’il a décidé de me rejoindre, et que j’aurais donc dû le croiser… Je ne suis toutefois pas très surpris de l’avoir raté, puisque je me suis moi-même égaré, et je m’installe donc confortablement contre les pierres chauffées par le soleil, persuadé de le voir arriver d’un instant à l’autre. Mais l’attente se prolonge, et impossible de le repérer dans les hauteurs au-dessus de nous ; au fil des minutes, une légère anxiété nous gagne… Heureusement, à 16h15, Fred nous rejoint enfin ! Lui aussi s’est plus ou moins égaré, mais cela lui a permis de tomber sur des oiseaux ressemblant à des perdrix, et comme moi il est très satisfait d’avoir prolongé un peu l’aventure. Il est maintenant temps d’entreprendre la descente jusqu’au Campamento Italiano, que nous rejoignons vers 18h00, et où nous retrouvons Ivan et David. La température a légèrement baissé depuis la veille, et nous ne nous éternisons donc pas après le repas : à 21h00, tout le monde a rejoint sa tente.

 

Campamento Italiano – Campamento Las Guardas, mardi 22 février 2011

Pendant la nuit, il m’a semblé entendre quelques gouttes tomber sur la toile de notre tente… mais j’ai mis ça sur le compte de mon imagination, puisque le ciel était bien dégagé au moment d’aller nous coucher. Pourtant, il faut bien constater en sortant des tentes ce matin que la météo a viré, faisant la part belle à un ciel uniformément gris. Nous prenons notre petit-déjeuner au sec, mais une pluie fine se met à tomber dès nos premiers pas, lorsque nous quittons le campement vers 9h00. Rien de bien méchant cependant, inutile de sortir les pantalons de pluie, mais évidemment le paysage se prête beaucoup moins aux photos par ce type de temps. Nous marchons pendant 2 heures sans trop forcer l’allure pour ne pas mettre encore plus à mal le tendon de David, et nous arrivons vers 11h00 au Lac Pehoé. C’est là que nous nous séparons de David, qui va rester 3 jours dans le petit hôtel/refuge au bord du lac, avant de prendre un bateau qui le ramènera à l’entrée du parc, où nous le retrouverons après avoir accompli la boucle complète. Avec la pluie qui redouble et nous force à nous équiper en conséquence, on pourrait presqu’envier David, qui va rester au chaud et au sec (et surtout qui aura des bières à disposition, comme Fred s’empresse de le souligner !). A 11h30, David a obtenu une place (la dernière, apparemment, il échappe de justesse à la tente dehors) et nous reprenons notre route, toujours accompagnés par la pluie et la grisaille. Le parcours se fait un peu plus exigeant que le terrain plat rencontré dans la matinée, de nombreuses montées et descentes, parfois raides, le parsèment. A 13h30 nous arrivons au mirador du glacier Grey, mais nous ne pouvons guère qu’imaginer comme le spectacle doit être beau avec une météo clémente, car la vue est bouchée… De plus, le froid commence à être plus mordant (l’effet de l’humidité, probablement), et ne pousse pas à prolonger exagérément la pause ! Après une brève hésitation dans la descente du mirador, nous choisissons de ne pas nous arrêter pour manger, mais plutôt de poursuivre jusqu’au refuge Grey, dans l’espoir de pouvoir y trouver un abri nous permettant de faire notre pause au sec. Nous atteignons notre but à 15h00, fatigués par ces longues heures de marche depuis notre départ du Campamento Italiano. Sur la plage de sable qui fait partie du terrain du refuge, de nombreux campeurs semblent à peine émerger du sommeil malgré l’heure très tardive : Ivan nous explique que pour les randonneurs qui effectuent le circuit dans le sens « traditionnel » (donc inverse du notre), l’arrivée au refuge Grey après le passage du col John Gardner marque la fin de l’aventure, et ils en profitent donc pour fêter ça. Le nombre de cadavres de bouteilles qui traînent ici et là (ainsi que la tête de certains lève-tard !) semblent confirmer son hypothèse… Nous trouvons un abri sous un petit toit en tôle : il n’y fait pas plus chaud, mais au moins nous sommes protégés de la pluie et pouvons passer quelques habits secs pour tenter de nous réchauffer un peu. Les conditions météo et la distance parcourue nous ont passablement éprouvés, et sans même nous en rendre compte nous prolongeons la pause plus que de coutume : ce n’est que vers 16h30 que nous repartons. Rien de grave cela dit, puisque nous ne sommes pas très éloignés de notre objectif, le Campamento Las Guardas, où nous passerons la nuit. En faisant un petit détour par le mirador situé à côté du refuge (jolie vue sur le glacier, bien plus dégagée que lors de notre arrêt précédent), nous arrivons au camping à 18h15. La pluie a presque cessé et la température est un peu remontée, ce qui est bon pour le moral. Nous installons nos tentes puis passons une soirée très conviviale sous le seul abri disponible (quelques tôles couvrant 3 murs de bois, entre lesquels sont installées des planches qui servent de tables), envahis par les campeurs présents, dont plusieurs sont francophones. Nous faisons à cette occasion la connaissance des 2 derniers « rescapés » d’un groupe de 4 jeunes français, partis pour 8 mois d’aventure en Amérique du Sud et qui font le même trajet que nous dans le parc. L’un de leurs amis s’est blessé à la cheville la veille et a dû stopper, accompagné par un autre membre du groupe, visiblement bien content de pouvoir faire jouer la solidarité pour abréger le trek… Aurélien et Adrien, qui ont donc poursuivi seuls, sont de fiers représentants de la gastronomie française à travers le monde : lorsque tous les trekkeurs font la chasse aux kilos superflus et cherchent à s’alléger par tous les moyens, ils refusent de sacrifier au confort culinaire et transporte une énorme casserole ainsi que de nombreux aliments « exotiques » dans de telles conditions : carottes, oignons, parmesan, saucisson… Autant dire que leurs préparatifs sont observés avec envie par tous les autres groupes ! Après cette soirée très agréable, nous allons nous coucher vers 22h00, heureux de constater que la pluie a définitivement cessé.

 

Campamento Las Guardas – Campamento Los Perros, mercredi 23 février 2011

Au programme de la journée, l’étape réputée la plus difficile du séjour, avec l’ascension du col John Gardner, point culminant du parc avec ses 1’200m (pas vraiment impressionnant pour nous autres petits européens, mais il faut se rappeler qu’on passe l’essentiel de notre temps dans le parc en étant à peine au-dessus du niveau de la mer !). Du coup, le réveil est matinal : 6h30. Mais il nous réserve une très belle surprise puisque le ciel est totalement dégagé ! Décidément, il faut s’y faire, la vérité d’un jour n’est pas forcément celle du lendemain dans ces régions… Avec Matthieu, nous sautons sur l’occasion pour aller faire quelques prises de vue (et un panorama) du glacier au petit jour, c’est vraiment d’une beauté à couper le souffle, et ça vaut bien le léger retard au démarrage qu’Ivan ne manquera pas de nous signaler au moment de prendre la route : «  il est 8h30, 2h pour être prêts au départ c’est trop, on fera un débriefing là-dessus plus tard ! ». On l’attend toujours, ce fameux débriefing, d’ailleurs… La première partie du parcours nous conduit jusqu’au Campamento El Paso, sur un terrain qui fait la part belle aux dénivelés (on ne grimpe pas encore vers le col, mais le chemin monte et descend sans arrêt). La marche est très agréable car la météo nous permet de profiter pleinement de superbes points de vue sur le glacier. En plus, impossible de s’ennuyer, car on a aussi droit à quelques passages un peu plus acrobatiques, avec des échelles métalliques qui semblent avoir été assemblées les yeux fermés (même mon premier meuble Ikea était mieux fini que ça), ou des passages étroits qui demandent toute notre attention, un faux pas pouvant se terminer nettement plus bas après une mauvaise chute… A 10h30 nous parvenons à El Paso où nous prenons 15 minutes de pause, juste assez pour entendre une Chilienne nous parler du calvaire vécu la veille dans le chemin du col (elle a fait le trajet dans l’autre sens). Même sans parler l’espagnol, nous en comprenons bien assez, trop pour Florence, qui se serait bien passé des « camiño di merda » ou des gestes montrant que la pauvre femme avait pleuré toutes les larmes de son corps en pensant ne jamais voir le bout du chemin… Enfin bon, tant qu’on est là, il faut continuer ! Ivan nous a annoncé environ 4 heures pour effectuer l’ascension, nous allons pulvériser ces prévisions… En effet, nous arrivons triomphalement au sommet après tout juste 2h30 (y compris  une pause « regroupement » de 20 minutes pour rassembler le groupe, qui s’était éparpillé en raison des différences de rythme). La pente est certes raide avec des passages vraiment pas évidents, où il faut s’accrocher à tout ce qu’on trouve pour se hisser, mais nous sommes tous d’accord pour dire que faire le trajet dans le sens de la descente (qui plus est avec la pluie qui tombait hier) a en effet dû être bien pire pour les personnes croisées à El Paso. En contemplant la masse gigantesque du glacier en contrebas, nous prenons mieux conscience du chemin parcouru. Et en tournant le dos au glacier, nous faisons face à la descente qui nous attend maintenant, destination le Campamento Los Perros. Un peu en contrebas du col, nous trouvons l’endroit idéal pour notre repas de midi : de grosses pierres plates qui ont pris la chaleur du soleil nous accueillent à côté d’un petit ruisseau, et pendant que l’eau bout nous installons ce que Fred baptisera très à propos le « camp des manouches » ! Toutes les affaires qui ont pris l’humidité la veille, à commencer par la tente, mais aussi des habits et mon sac de couchage, se retrouvent exposées au soleil et au vent (maintenues en place par des pierres pour éviter de les voir s’envoler dans la montagne). Efficacité garantie comme sèche-linge… Attirés par des particules brillantes dans l’eau, Fred et Matthieu jouent les chercheurs d’or amateurs, sans pour autant faire fortune... Pendant que nous mangeons, nous voyons passer nos 2 amis français, partis plus tard ce matin mais qui marchent à un rythme très soutenu, et pour cause : ils souhaitent passer sans s’arrêter au camping Los Perros et rejoindre le camping Dickson, plus loin, car on leur a dit qu’il y avait là-bas des douches chaudes… Ivan les met en garde contre les armadas de moustiques qui hantent cette zone, mais l’appel de l’eau chaude balaie cette perspective en un clin d’œil et ils poursuivent sans hésiter ! Encore 6 mois d’aventure pour eux, plus que 2 jours pour nous… Une fois le matériel (sec et archi-sec) rangé, nous entamons la descente, dans un terrain difficile composé essentiellement de grosses pierres qui roulent sous les pieds. Matthieu, Florence et Ivan sont partis devant pendant que Fred et moi finissions de remballer nos affaires, et l’écart grandi entre les 2 groupes car mon genou commence à me faire souffrir, alors que Fred craint pour ses chevilles, qui ont déjà naturellement tendance à former un angle droit avec la jambe tous les 2 pas… Plus le temps passe et plus la douleur est vive, et l’arrivée dans la forêt n’arrange rien car le chemin est parsemé de passages très boueux où il faut faire de l’équilibrisme sur les troncs d’arbre pour éviter de s’enfoncer jusqu’au genou (estimation peut-être un peu exagérée, mais autant éviter de la vérifier !). A 16h30, enfin, nous arrivons au camping et plantons les tentes au soleil. Nous profitons du fait que l’après-midi n’est pas trop avancé pour faire un peu de lessive et étendre nos affaires au soleil, et je me risque même à prendre une douche à l’eau froide (ou plutôt gelée !). Il faut oser se mettre dessous, mais la sensation de ressortir propre est quand même très gratifiante. Pour la peine, je sors même des habits propres de mon sac, c’est le grand luxe ! Pour la suite, je compte sur mes réserves de Dafalgan et la crème anti-inflammatoire de Fred pour m’aider à tenir jusqu’au bout. De toute façon, hors de question de laisser tomber ici… Nous apprécions la fin de journée en buvant du thé (Ivan, Fred et moi) ou en faisant la sieste (Florence et Matthieu). A en juger par la mine renfrognée de Florence au moment de se réveiller pour le repas du soir, la première option était peut-être préférable ! Nous cuisinons et mangeons dans un petit kiosque (le camping est nettement plus aménagé que celui de la veille), avant de nous coucher vers 21h00. Malheureusement, un générateur tourne pour fournir un peu d’électricité et fait un bruit infernal qui ne s’arrêtera qu’à 23h00 ! Dans ces conditions, nous n’avons aucun remords à « oublier » de payer nos emplacements (ce camping est sensé être payant)…

 

Campamento Los Perros – Campamento Cerrone, jeudi 24 février 2011

Ça devient une habitude, nous nous réveillons tôt (6h30). Il faut dire qu’une fois encore, le programme qui nous attend est chargé : un camping a été supprimé depuis le dernier passage d’Ivan, ce qui nous oblige à rallier en une seule étape le Campamento Cerrone, à environ 30 kilomètres. Autant dire que j’appréhende la réaction de mon genou à ce nouveau traitement de choc… Au réveil, aucune douleur, mais je reste attentif dès nos premiers pas (nous quittons le camping à 8h00), et je sens que chaque mouvement imprévu (souvent provoqué par des pierres qui roulent sous les pieds) réveille l’inflammation. Cela reste cependant bien moins pénible que la fin d’étape de la veille, et nous progressons à un bon rythme à travers la forêt sur un terrain agréable, une fois les derniers pierriers dépassés. A vrai dire, Ivan imprime un train très soutenu car il envisage éventuellement de poursuivre seul jusqu’à l’entrée du parc, puis de se lever au milieu de la nuit pour aller admirer le lever du soleil au pied des tours (puisqu’il en avait été privé par sa gastro lors de notre arrivée dans le parc). A 11h30 nous arrivons au Campamento Dickson, où nous avons la surprise de retrouver nos 2 amis français ! Comme prévu, ils ont prolongé l’étape de la veille jusqu’ici, mais ce véritable marathon les a laissés épuisés. Du coup ils finissent tout juste de se préparer au départ ! Mais aucun regret pour eux, la douche chaude valait apparemment la peine de puiser dans les réserves physiques, et les moustiques ont pu être tenus à distance raisonnable malgré quelques piqûres inévitables. Après une brève pause, qui me permet d’appliquer une nouvelle dose de crème anti-inflammatoire pendant que Fred achète des M&M’s (qui se révèleront finalement être des smarties !), nous reprenons la route vers midi, laissant derrière nous le superbe site du campement Dickson (lac, forêt, glacier, tout y est). Nous franchissons une montée brève mais raide pour rejoindre une zone plus plate, avec un chemin qui serpente à travers les hautes herbes. A 12h45, nous faisons halte près d’une petite rivière pour manger. Aujourd’hui, c’est un menu particulièrement luxueux qui nous attend : un Français rencontré la veille au soir nous a en effet fait cadeau de pâtes aux œufs (il cherchait à s’alléger pour sa prochaine étape ; il faut dire que son matériel antique et son manque de planification évident ne parlaient pas en sa faveur…) qui viennent à merveille compléter les lyophilisés du jour, des spaghettis bolognaise. De quoi refaire le plein d’énergie, et ce ne sera pas de trop avec l’après-midi qui nous attend (à ce stade, Ivan s’est rendu à l’évidence : son idée de rejoindre l’entrée du parc d’une seule traite est irréaliste). A 13h45, nous reprenons notre marche vers le camping Cerrone, sur un chemin très agréable, généralement plat et traversant des paysages qui nous changent de ceux rencontrés jusqu’ici : des prairies de hautes herbes, dont les teintes vont du rouge au vert tendre, parsemées de quelques arbres de taille modeste, par moment on croit voir la savane africaine des reportages TV… A 15h45, nous nous accordons une pause à l’emplacement de l’ancien camping aujourd’hui disparu, peu avant d’atteindre le lac Paine. Déjà plus de 6 heures de marche et la journée est loin d’être terminée… Florence profite de la halte pour nous faire une petite démonstration de yoga, bientôt imitée avec un succès relatif par Fred. Ambiance détendue, il faut profiter de ces derniers moments dans le parc… A 16h00 nous nous remettons en route, et le terrain change nettement d’aspect : des montées vertigineuses au-dessus du lac se succèdent, on se dit parfois qu’il faudrait avoir du sang de bouquetin dans de tels sentiers ! Nous accueillons par ailleurs un invité de marque dans notre groupe, le célèbre vent de Patagonie… que nous attendions, car un petit symbole sur la carte indiquait qu’il souffle généralement fort dans cette zone du parc. Et autant dire que nous ne sommes pas déçus… Nous nous retrouvons secoués comme des fétus de paille au point d’être plusieurs fois déséquilibrés ; fort heureusement, la direction du vent nous est favorable, il a tendance à nous pousser dans le dos, ou au pire il vient de côté, mais jamais de face, sans quoi on peut se demander si nous aurions été capables d’arriver au sommet de certaines ascensions. Le bruit qui accompagne les rafales est lui aussi impressionnant, on n’entend plus rien d’autre que ce souffle dans nos oreilles, il nous entoure complètement et finit par nous saouler littéralement, nous faisant atteindre cet état où l’on est légèrement grisé, sans pourtant avoir bu une goutte ! Expérience vraiment forte et inoubliable, qui nous accompagne encore pendant un moment après avoir franchi le sommet de la colline et retrouvé un terrain plus abrité. Dans la descente, le retour des pierriers et l’usure des kilomètres (ceux du jour mais aussi, évidemment, tous ceux parcourus depuis notre départ) finissent par avoir le dessus sur mon genou, qui hisse cette fois clairement le drapeau blanc… Pourtant, il faut bien poursuivre, car le camping n’est pas encore en vue. La fin d’étape, malgré ses beaux paysages, est franchement pénible : à chaque fois, on espère apercevoir notre but à l’horizon, mais il se refuse encore et toujours au regard. Je culpabilise de ne pas profiter de ces instants passés dans un tel cadre, mais ne peux m’empêcher de rêver au bus du lendemain… Ivan et Fred filent, je traîne la patte un peu plus loin, malgré tout plus en forme que Florence, très fatiguée et d’une humeur en rapport avec son état physique… Matthieu a lui disparu des radars lorsqu’il a décidé de gravir une colline pour réaliser un nouveau panorama, mais le simple fait d’avoir pris une initiative pareille tend à prouver que de son côté, tout va bien ! Ce n’est qu’à 18h15 que nous arrivons enfin au campement Cerrone, totalement lessivés et alors que de gros nuages noirs commencent à s’accumuler au-dessus de nos têtes. Je pose mon sac et m’écroule dans l’herbe, trop heureux de pouvoir enfin souffler, et ravi de constater que l’emplacement de notre dernier campement est très agréable, avec un tapis d’herbe moelleux à souhait. Mais il faut quand même penser à planter la tente tant que la pluie nous épargne, et nous sommes en train de l’installer lorsque Florence fait son apparition : sans prendre le temps de déposer son sac, elle tombe face contre terre, dans un style du plus bel effet mais qui nous inquiète un peu tout de même… Ivan demande à Matthieu si c’est normal, et la réponse ne marque aucune inquiétude : « oui, c’est du cinéma ». Difficile à croire tout de même tant la chute était spectaculaire, mais en effet, après un bref silence qui laisse le suspense entier, nous entendons finalement Florence dire « oui oui, c’est ça, c’est du cinéma ». Le ton n’est pas encore très enjoué, mais on sent quand même le soulagement d’être arrivée à destination ! Une fois installés, Fred ne peut résister à l’appel de la bière : après en avoir tant rêvé depuis plusieurs jours, il en achète une au petit kiosque tenu par le gardien du camping (nous sommes revenus dans la zone du parc qui est propriété d’un particulier). Le prix est exorbitant pour le pays (plus de 6 CHF), mais l’air réjoui de Fred dégustant le breuvage allongé devant la tente indique que la dépense était justifiée ! Malgré l’orage qui menace, nous mangeons au sec, dans une atmosphère douce bien agréable, et en compagnie de nos désormais « habituels » camarades français, avec qui nous faisons des échanges gastronomiques : ils nous offrent un peu de leur riz « al dente », alors que nous leur proposons de tester le lyophilisé du jour, du saumon à l’oseille avec des patates (probablement l’un des meilleurs du séjour, d’ailleurs). Ensuite nous sommes invités à discuter un instant dans la cabane du gardien, qui s’ennuie visiblement ferme, et est payé une misère (environ 600 CHF par mois) pour travailler 7 jours sur 7 (et avec les nombreux randonneurs qui passent, il ne manque pas de travail !). Ivan négocie d’ailleurs une offre en or : lui qui avait prévu d’abandonner sa vieille tente bleue à l’entrée du parc, après 15 ans de bons et loyaux services, la propose au gardien en échange d’une dispense de payer le prix de nos emplacements pour la nuit. En incluant son matelas gonflable (qui a lui aussi quelques heures de vol et doit être regonflé au milieu de la nuit, mais bon…) dans la transaction, il obtient même la gratuité pour nos amis français et quelques barres de chocolat pour la fin du voyage ! Vers 21h30, nous allons nous coucher, pour notre toute dernière nuit sous tente… La joie de bientôt retrouver un vrai lit et une douche le dispute à la tristesse de voir le voyage toucher à son terme…

 

Campamento Cerrone – El Calafate, vendredi 25 février 2011

La grosse étape de la veille aura au moins eu le mérite de nous réserver une dernière marche plus courte, et nous nous autorisons donc un réveil plus tardif que d’habitude, vers 8h15. Les nuages aperçus hier soir ont désormais totalement recouvert le ciel et laissent échapper quelques gouttes. Le petit-déjeuner est copieux, puisque c’est le dernier et que l’on peut liquider sans retenue nos réserves. A 9h50 nous entamons notre ultime étape, dans des conditions peu favorables : la pluie, sans être soutenue, ne cesse pas, et le vent est à nouveau bien présent. Mon genou donne vraiment de sérieux signes de fatigue, il est grand temps que l’aventure se termine pour lui ! Malgré tout j’ouvre la voie en compagnie de Fred, pendant qu’Ivan reste au côté de Florence (qui n’a pas vraiment récupéré des efforts consentis la veille), alors que Matthieu, un temps intercalé, finit par nous rejoindre. Il nous faut 4 heures pour rallier l’entrée du parc, où nous devrons prendre le bus du retour pour El Calafate, et les conditions ne nous permettent aucune pause, si bien que l’étape se révèle plus exigeante que prévu. D’autant que je n’ai pas pris la peine de mettre mon pantalon de pluie (la perspective de finir le trek appelle un certain relâchement dans les précautions élémentaires) et que je me retrouve trempé, ce qui ne tarde pas à me donner froid (maigre consolation, Ivan a fait la même erreur, tout guide expérimenté qu’il est)… Heureusement, une fois notre but atteint, je peux passer des habits secs. Un repas chaud achève le travail de réconfort, aidé par un timide soleil qui commence à pointer ses rayons. L’embellie se poursuit et nous pouvons profiter d’une attente au soleil, bien utile car le fond de l’air reste vraiment frais. Nous retrouvons David, qui a bien occupé ses 3 jours en solo : renonçant à reposer ses tendons, il a effectué 2 fois l’aller-retour jusqu’au glacier Grey pour profiter du spectacle. Sans sac sur le dos et à son rythme, il a « limité les dégâts » au niveau physique, et en tout cas son moral est bien meilleur que lors de notre séparation. Les heures défilent lentement, notre bus est attendu pour 17h seulement, et il faut donc tuer le temps… Pendant que les affaires mouillées sont étendues au soleil, on lit ou on écoute de la musique. Peu avant 17h, le ciel se couvre à nouveau, le vent se renforce, la température baisse, et l’impatience grandit donc rapidement en constatant que le bus se fait désirer… Il finit par arriver, avec seulement 15 minutes de retard, mais au bout d’un après-midi d’attente elles ont paru bien plus longues ! Comme lors du trajet aller, nous faisons halte à la frontière, où je me débarrasse de mes pesos chiliens en dépit de tout bon sens alimentaire : 3 « empanadas » et 2 «alfajores » (biscuits sablés fourrés avec du « dulce de lecce ») plus tard, et une fois passées les 2 douanes (plus rapidement qu’à l’aller) je n’ai absolument aucun problème pour faire la sieste… Nous entrons dans El Calafate vers 23h, et ne prenons que le temps de poser nos sacs à l’hôtel : pas de douche, notre réservation dans un bon resto a déjà été dépassée de plus de 30 minutes… Du coup nous faisons un peu tâche dans le décor relativement raffiné, mais peu importe, seul le menu compte ! Et là, tout ce que nous avons tellement imaginé pendant ces derniers jours se matérialise devant nous… Peut-être que l’heure tardive pousse les cuisines à vider leur stock de viande ayant grillé au-dessus de la braise pendant la soirée, toujours est-il qu’avec 2 « mixed grill » (nous en avions commandé 3 puisque c’était prévu pour 2 personnes, mais on nous a fait comprendre que les portions prévues étaient vraiment énormes) pour 6 nous avons plus de bœuf et d’agneau que nous ne pouvons en manger. Vin rouge et bière accompagnent ce festin, dans une ambiance joyeuse, où les souvenirs des semaines écoulées sont évoqués avec (déjà) un peu de nostalgie, l’occasion de se rendre compte à quel point le voyage a été riche en événements. Fred s’étonne encore de n’avoir jamais eu le temps de s’ennuyer, lui qui était arrivé en se demandant comment il allait bien pouvoir occuper la période entre la fin des marches et le coucher. De retour à l’hôtel, on s’autorise un détour par internet, histoire de reprendre déjà un peu pied dans la réalité, dans ce monde qui semble devenu fou avec des révoltes qui se succèdent en Afrique du Nord et dans le monde arabe… Après avoir rangé nos sacs et pris une douche, nous pouvons profiter d’une nuit dans un vrai lit sur le coup des 2 heures du matin.

 

El Calafate – Buenos Aires – Madrid - Genève, samedi 26 et dimanche 27 février 2011

Le repas très copieux de la veille, et les boissons qui l’ont accompagné, ont produit les mêmes effets chez tout le monde : sommeil agité et réveil précoce (7h15). Peu importe, nous aurons plus de temps qu’il n’en faut pour dormir au cours de notre long trajet de retour… Comme on reprend très vite goût aux petits « luxes » quotidiens, nous profitons de la douche de l’hôtel avant de vider les chambres. Une fois le petit-déjeuner avalé, Ivan nous donne rendez-vous vers 11h30 devant le casino de la ville. En attendant, chacun part de son côté pour les dernières courses, à la recherche de souvenirs à ramener, ce qui n’est pas évident tant l’offre est pauvre à ce niveau… Comme la plupart de mes compagnons, je me tourne vers le rayon alimentaire ; finalement, c’est encore ça le plus intéressant à faire découvrir, et ça illustrera les récits de voyage ! Confiture de calafate, dulce de lecce, maté cocido (le thé local, souvent bu avec une paille métallique qui plonge dans un bol où l’herbe infuse), et mantecol (barres hypercaloriques à base de beurre de cacahuète, une vrai bouée de sauvetage pour randonneur en panne d’énergie) remplissent mon sac. J’en profite aussi pour m’acheter un maillot de vélo, en me disant que si je croise quelqu’un avec le même lors d’une sortie, ce serait vraiment étonnant, ainsi qu’un polo de rugby aux couleurs locales. Au fur et à mesure que nous finissons nos courses, nous atterrissons sur la terrasse ensoleillée d’un petit café : pas désagréable, mais vraiment difficile de s’imaginer passer 3 semaines à ce rythme, on aurait (presque) des fourmis dans les pieds après cette matinée tranquille… Un peu pressés par le temps, nous prenons un repas sans intérêt dans un fast food local (chose rarissime de nos jours, aucun MacDo n’est venu coloniser cette région du globe), puis un dernier « quarto » de glace (tiramisu, chocolat, mantecol : intéressant mélange !), englouti sur le trajet de retour à l’hôtel. Après le transfert en taxi jusqu’à l’aéroport, une surprise nous attend : notre dernier « trek » ! En effet, malgré la taille minuscule du bâtiment, les autorités locales semblent avoir relevé le défi de faire parcourir le plus grand nombre de kilomètres possible aux passagers : enregistrement des bagages, paiement de la taxe de départ, passage de la sécurité, déplacement jusqu’à la porte d’embarquement, tout est bon pour inventer de nouveaux détours et on marche presqu’autant que dans un grand aéroport international. A 15h30 c’est l’embarquement, destination Buenos Aires. Le vol sans encombre nous amène jusqu’à notre dernière épreuve : le transfert en taxi entre les 2 aéroports de la ville. Les 2 « pilotes » (le terme de chauffeur ne convient pas dans cette situation) dont nous héritons se démènent pendant 35 minutes et font passer les plus grands champions de F1 pour de gentils amateurs, sauf que la route est ouverte au trafic et que les millimètres entre les pare-chocs sont comptés sur les doigts d’une main… Nous arrivons tout de même entiers, et en ayant pu humer un peu l’air estival du bord de l’océan, sans parler du beau coucher de soleil qui s’offre à nous. Evidemment, on ne peut pas tout faire en seulement 3 semaines, mais on se dit que la prochaine fois une visite de Buenos Aires ne ferait pas tâche dans le programme ! Juste le temps d’avaler le tout dernier empanada du séjour et nous montons dans l’avion pour Madrid. Nous posons le pied sur sol européen à 14h00 locales, et passons nos derniers moment ensemble en grignotant et en lisant la presse : dernier événement en date, MAM a démissionné… Une nouvelle sans grand intérêt pour le petit Helvète que je suis ! Mes 5 compagnons d’aventure embarquent avec un peu de retard pour Paris, tandis que je me dirige vers la porte D60 du vol pour Genève, terminus de 3 semaines marquantes à bien des égards. Déjà une seule envie, pouvoir rééditer l’expérience au plus vite ! Et en attendant, découvrir, un peu moins loin de chez moi, le fameux GR20 qui traverse la Corse du Nord au Sud et dont Florence et Matthieu m’ont fait la publicité. Musique d’avenir…

 

« Bonus track » : les immanquables du voyage

Impossible de tout citer, tant chaque minute de ce voyage a constitué une pièce d’un puzzle qui se révèle au final aussi complexe que magnifique. Je suis parti avec beaucoup d’espoirs et d’attentes, mais aussi un peu d’appréhension, et je suis revenu enchanté, terriblement content d’avoir décidé de me lancer presque sur un coup de tête il y a quelques mois de cela. Si les paysages traversés constituent évidemment une part essentielle du voyage, je suis aussi tout à fait conscient qu’il n’aurait pas pu être aussi agréable sans cette chance extraordinaire de tomber sur un groupe homogène, autant au niveau du physique que de l’état d’esprit. Une excellente ambiance a régné pendant 3 semaines, et c’est avec grand plaisir que j’espère garder le contact. Petit florilège de la personnalité de chacun (par ordre alphabétique, comme ça pas de jaloux !), même si c’est un exercice bien délicat et forcément subjectif :

David : le cordonnier mal chaussé… C’est finalement notre infirmier qui aura été contraint de renoncer sur blessure, non sans avoir fait preuve d’un gros courage pour retarder au maximum l’échéance (et se payant même le luxe de 2 grosses marches pour occuper ses jours en solo !). A souligner aussi les nombreux échanges « entre connaisseurs » avec Fred sur la musique, et quelques soucis récurrents de carte de crédit, qui le pousseront, excédé, à sortir son mythique « grosso cogno ! »

Florence : le « diesel » de notre groupe, d’une régularité qui force le respect malgré 2-3 derniers jours un petit peu plus difficiles (ce n’est pas moi qui lui lancerais la pierre…). Prendre le temps de faire une pause, c’est l’assurance de voir passer Florence, imperturbable, avec sa petite phrase : « je continue ; moi je ne vais pas vite, mais régulier » ! Et puis quel courage, seule femme parmi 5 hommes…

Fred : son Espagnol « Vosgiens » qui nous aura fait pleurer de rire bien des fois (mais qui s’est malgré tout révélé d’une efficacité redoutable), sa bonne humeur perpétuelle et communicative dans toutes les situations, ses chevilles capables de s’orienter à 90° du reste de la jambe sans même qu’il semble le remarquer, son côté « increvable » (une seule fois pris en défaut, pour les « 150m les plus longs de sa vie »), et la chanson officielle du séjour, répétée en boucle sans qu’il en connaisse les paroles… Sans oublier la flasque de mirabelle des Vosges, tellement précieuse les soirs de grosse fatigue !

Ivan : un guide en or malgré des conditions (très) difficiles pour lui, arrivé enrhumé et victime d’une gastro éclair qui aura failli avoir raison de sa volonté. Organisateur irréprochable, sachant s’adapter aux conditions pour concocter le meilleur programme possible, la réussite du séjour lui incombe en grande partie ! De plus, il a su agrémenter nos marches de points culturels très bien venus, nous expliquant d’où provenaient les noms des glaciers, lacs, montagnes ou même campements rencontrés sur notre route.

Matthieu : ses panoramas exécutés en expert et en un temps record à chaque fois, son sac de 30kg (à peine exagéré), sa réserve de barres de céréales qui semblait inépuisable, son expérience de la randonnée et du camping, son rythme effréné dans les descentes sans sac… Son appétit, aussi, sérieusement concurrent du mien ! Et puis il faut bien dire que le tandem avec Florence respire l’harmonie et la complémentarité, nul doute que les jeunes mariés ont de beaux jours devant eux…

A tous, un grand, un énorme MERCI pour ces 3 semaines inoubliables !

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